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Carnet de route


Libye

"Tiens, il y a des gens qui viennent vers nous...
- Ils n'ont pas l'air content, ils ont des bâtons.
- Euh, des fusils, pas des bâtons"
Il était si joli, ce petit lac de sel juste derrière la frontière Libyenne. Comment aurions-nous pu deviner que signifie "Zone Militaire / Accès Interdit" ?
Finauds, nous comprenons tous les trois au moment où l'un des cinq militaires arme sa kalachnikov. Les deux heures passées à vérifier nos passeports nous permettent d'admirer le reflet du soleil couchant sur la croûte de sel "jamillah, jamillah jidam" et de tester nos 15 mots d'arabe "nahnou daraja safar" ("nous vélo voyage").
En fait, ils sont plutôt sympas, les militaires Libyens. Le premier douanier nous tend un formulaire cabalistique intégralement en arabe, à remplir dans la minute. Fou rire nerveux. Il ne bronche pas. Ses collègues sont beaucoup plus intéressés par les phrases écrites en arabe sur le pupitre des vélos "pour apprendre en pédalant" que par nos passeports, recopiés à l'envers.
Jusqu'à Tripoli, ce sont d'ailleurs surtout des militaires souriants que nous rencontrons : toujours prêts à nous offrir de l'eau, nous faire visiter, hilares, les sordides cachots des prisons ou nous indiquer le chemin de la plage...

Isabelle : Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai queq'chose d'important à vous dire et je ne sais pas comment.
Alice : Aïe, elle va le dire, c'est sûr elle devrait pas, elle devrait pas, elle devrait pas.
Isabelle : Il s'agit de Xavier et moi...
Alice : Paf, elle va tout dire, c'est trop horrible !

Isabelle : En fait, voilà...
Alice : ...elle devrait pas, elle devrait pas, elle devrait pas
Isabelle : Bon, elle va me laisser parler, maintenant ?
Alice : ho, si c'est ça, débrouille-toi, après tout c'est votre problème
Isabelle : ça y-est, elle boude, de toutes les façons elle boude depuis le début, j'en ai marre de cette famille. Bref, entre Xavier et moi, l'ambiance s'épaissit depuis plusieurs semaines, à tel point que, chacun de notre côté, nous n'avons pas l'impression d'entrer dans le voyage. Nous en avons discuté : le plus malin serait de gambader séparément et se retrouver aux étapes.
Alice : ça y est, t'es fière de toi maintenant, tout le monde sait. Moi j'aurais parlé de la nuit passée dans les ruines de Sabratha, des mosaïques du IIe siècle au bord de la mer, des dunes qui changent de coul...
Isabelle : Oui ben toi tu vas reprendre ton avion fissa fissa pour Paris et acheter tes cadeaux de Noël sous la pluie, on n'en parlera plus. Elle m'énerve, elle m'énerve, trois semaines que j'essaye de la semer dans les dunes...

Ghât, fin octobre début novembre

Que c'est loin, Ghât, et qu'il fait chaud dans le Sahara... Il faut avouer que nous avons légèrement triché. Bon, nous n'avons pas quitté nos bicyclettes, nous avons bien traversé le Sahara jusqu'à la frontière algérienne, mais à 120 km /h à l'arrière de plusieurs pick-up. L'un d'eux nous a laissés au beau milieu de rien pour rejoindre un puits de pétrole situé à l'écart de la route. Après le vacarme du vent dans les oreilles, grisante intensité du silence et du paysage. Une immense étendue plate où la roche affleure sous le sable et, tout au bout de l'horizon, la douce silhouette des dunes. C'est bien pour ces dunes, si attirantes, que nous avons désiré ce détour saharien de 2400 km (tout de même...).

Rami Mébarki, touareg algérien rencontré à Paris, nous avait fait rêver de ces oasis et des musiques nomades (Fichier = Leggy.mp3 ; taille = 1409 ko). Maintenant nous y sommes, et nous percevons d'ici les voix de ces femmes (Fichier = libye-leggy-wonderwomen.mp3; Taille = 1252 ko).

Le Tassili algérien est là, tout près. Et tout autour de notre campement, des dunes aux couleurs toujours changeantes.

Les quelque touristes qui viennent jusqu'ici s'engouffrent dans des 4x4 pour traverser le massif de l'Akakous, et admirer des gravures rupestres préhistoriques étonnamment stylisées.
Nous, nous avons le temps pour tout le reste -et l'argent pour rien. C'est sans doute pour cela que Mohammed, Hassan, Magaji et les autres se décarcassent pour nous inviter à tous les mariages (Fichier = libye-mariage1.mp3; Taille = 741 ko) et nous présenter aux musiciens. Quoi de plus agréable qu'être au bout du monde et s'entendre appelé par son prénom où que l'on soit...
Grâce à tout le matériel que nous trimbalons, nous pouvons dupliquer les enregistrements pour les offrir, montrer les images filmées et expliquer le fonctionnement d'internet, (le site est installé sur l'ordinateur, même sans connexion). Alors ça défile. La vieille Deva et son rebab (Fichier = libye-deva-rebab.mp3 ; Taille = 689 ko), Twati et Achur à l'accordéon (Fichier = libye-twati-accordeon-percus.mp3 ; Taille = 178 ko), Tahar Leggy et son ud Syrien, Abdullaziz au ney (flûte de roseau; Fichier = libye-ghat-abdul.mp3; Taille = 150 ko), les filles de Fewet et leur sambali (photo), toutes nos journées sont occupées à capturer ces sons d'oasis.


Et les nuits, si vous saviez... Twati nous a prêté deux robes scintillantes à la mode de Ghât, et avec Alice, on fait sensation aux mariages, du côté des femmes  : démonstration de danses du ventre, qui les fait se tordre de rire, on ne sait toujours pas pourquoi. Pourtant on ne manque pas de grâce, hein Alice ? Tais-toi et ondule, la mariée regarde...
Voilà pour notre quotidien. Il faut imaginer des dunes hautes comme des montagnes, des myriades d'étoiles, le sifflement du vent...

Avant de vous quitter, on vous livre une petite perle de Magaji, un de nos amis adorable et un peu (très) bavard : "La 404 Pigeot et la Land-Rover kif-kif. Toutes les deux, elles peuvent aller dans les dunes. Seulement la Land-Rover, elle sort toute seule du sable. La Pigeot, il faut la pousser."


Nuit dans les ruines d'Apollonia, fin novembre

Après moult palabres en arabe et en langage des signes, le gardien et la police acceptent de nous laisser dormir sur le site. Entre les gradins érodés de l'Odéon et la Basilique Orientale, les jeux de lune sur les colonnes de marbre emportent notre décision. Tels Socrate et Platon nous devisons tard dans la nuit sur les dauphins des mosaïques en bâffrant des gâteaux. Et en bonnes Socrate nous manquons de terminer en prison  : l'ombre gesticulante d'un Libyen peu amène nous signifie qu'on nous accorde le pavillon d'entrée, pas la cité hellène. Et "si nous pas comprendre, lui police, nous clic clic". Soit "nahnou laa afham, clic clic" en arabe dans le texte. Clic clic, non merci. Ce sera donc les ressacs d'une mer argentée.

Plus d'un mois ne nous a pas suffi pour fixer notre jugement  : l'aimons-nous, à la fin, cette République Socialiste Populaire Arabe de la Grande Jamahirya Libyenne ? Sur l'autoroute, une voiture s'arrête, le conducteur nous tend ses sandwiches et deux sodas (ceux que l'on n'achète jamais parce qu'ils sont "trop chers"), il part en nous souhaitant un bon voyage. Touchées et encore interloquées, nous le sommes ; si ce n'est que 4 voitures ont déjà ralenti pour exprimer grassement leur appréciation de nos formes. Claquements de langue, sifflements... ILS NOUS HORRIPILENT !
Oui mais.. nos victuailles pourrissent dans nos sacoches. Pas un soir sans que nous soyons invitées à partager un couscous ou une soupe à l'orge. Même lorsque nous dormons à la belle étoile il y a toujours une famille qui nous apporte soudainement une portion du repas. Cette fameuse nuit nous avons vu débarquer quatre gentils couillons qui voulaient bien partager nos sacs de couchage, en somme coucher chouia chouia avec nous. Ils insistaient calmement à grands renforts de "Please" déchirants. Nos cris de putois, mais surtout un bâtonnet hardiment brandi par Alice les convainc de rentrer chez leurs parents sur un "OK, sleep, no shout...". Ils nous ont bien fait rire, mais nous préférons quand même dormir chez des fermiers qui nous l'avaient proposé. Et là, à minuit, les 8 soeurs nous gavent de petits gâteaux pendant que les deux frères mettent nos vélos à l'abri.

...

Déjà une bonne heure que nous écrivons cette missive. Les biscuits puis le pain ont fondu plus vite que notre bougie. Demain Alice arrêtera un pick up pour arriver à temps et attraper son avion. Pour Isabelle, Le Caire, c'est à 10 jours de vélo.

27 novembre: douane libyenne

Xavier est arrivé, sans se presser, tranquille, heureux.
La route est coupée par une porte géante. Visas tamponnés, l'Egypte est juste derrière. Nous multiplions les "Libya, quoïss" (Libye, super) à un jeune policier souriant... quand des éclats de voix retiennent notre attention. Un flic bedonnant pris de tension disperse une dizaine d'adultes qui attendent devant le guichet. L'un d'eux traîne un peu et se prend un coup de pied dans le ventre. Il tombe. Le fouet claque sur son visage. Trois fois, quatre fois. Puis le gros moustachu retourne derrière son guichet. Abasourdis, nous regardons notre jeune policier en essayant de comprendre. Lui n'a pas perdu son sourire. " Ma fish muskula" (pas de problème), annonce-t-il, dédaigneux. "Ma fish muskula" répète le gros en nous faisant signe de partir. Nous fouillons la trousse à pharmacie pour sortir le désinfectant. Par terre, l'homme est évanoui. En voyant Xav' lui relever la tête, le gros revient avec une bouteille d'eau qu'il lui balance sur le visage. L'homme hoquette, ouvre des yeux exorbités et s'accroche à la djellabah d'un de ses amis venu le rejoindre. L'ami en question le hisse sur son épaule pour l'amener plus loin. Visiblement, il a une côte cassée. Pas moyen de faire grand chose, mais pas possible de partir en voyant cela. Nous sommes désemparés. Le blessé recrache nos vitamines C. On nous lance des " Ma fish muskula " de moins en moins gentils et des " ciao Faranciya " de plus en plus clairs. La Libye, où nous étions si heureux de découvrir que le système de Khadafi a beaucoup de côtés positifs, la Libye diabolisée, pourtant si accueillante et généreuse avec les petits cyclistes occidentaux, nous la quittons amers et silencieux.



Le petit mot de Xav'

Comment Ca ? Vous avez encore du temps devant vous ? Profitez en pour télécharger le petit fichier libyexavier.rtf (30 ko) cela vous permettra peut-être de découvrir plus à fond le pays avec le regard de Xavier.

J'allais oublier : La carte de la Libye est téléchargeable aussi : fichier cartelibye.tif, taille=24 ko.


eeehhhh, l'Égypte...

kilométrage dans le pays, à vélo: 1990 ---- kilométrage dans le pays en car / pick-up / avion: 2700 ---- Total du kilométrage à vélo: 6000 ---- Total du kilométrage en car / pick-up / avion: 3162.


Villes et villages traversés en LIBYE: Zuwara - Zawiya - Tripoli - Bus de nuit: Al Khums - Zlitan - Misurata - Al Qaddhiyah - SABHA - Vélo/Pick Up STop: Awabari - Sardalas - GHAT - FEWET - Retour Idem jusqu'à Tripoli, dans le sens inverse - A vélo, séparés:Tripoli - Al Khums - Zlitan - Misurata - Wadi Thamit - SYRT or SURT (X: I love that town: Ismaïl, you're such a great friend) - As Sultan - Al Uqaylah - Marsa Al Burayqa - Irq Qabi - Al Makrun - Sawani Al Qawarishahi - Ben Ghazi - Daryanah - Al Bayda (X: Nice great souvenir too; I'll come back for sure.) - Sus

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